Parachat Ki Tissa
12, 13 mars 2004 – 19, 20 adar 5764
| Jérusalem | Paris | |
|---|---|---|
| Allumage des bougies | 17 h 10 | 18 h 22 |
| Sortie de Chabbath | 18 h 33 | 19 h 38 |
Très chers amis,
J’ai le plaisir de vous adresser le dvar Thora de cette semaine.
Cette semaine, nous poursuivons notre cycle de réflexion sur les Pirké Avoth, « Maximes des pères ».
Cette semaine, le Dvar Thora est consacré à la mémoire de :
Itshak PORTUGAIS zal ben Myriam : 19 adar (12 mars)
Samuel ben Yéhouda BENSADOUN : 20 adar (13 mars)
Rabbi David ben Yéhouda TEMSTET : 25 adar (18 mars)
Pour tous nos amis de Paris et banlieue, n'oubliez pas que nous intronisons un SEPHER THORA à la mémoire d' ELIAHOU & SUZANNE HAYOUN
le JEUDI 18 MARS 2004 à 20.30 – SALONS HOCHE – 9, av Hoche à Paris.
RESERVATIONS : 06.07.42.16.04
Avec notre plus cordial Chabbath Chalom,
Rav Chalom Bettan
Parachat Ki Tissa
12, 13 mars 2004 – 19, 20 adar 5764
Un maître, un ami
(deuxième partie)
Par Rav Eliahou Elkaïm
Suite et fin de notre commentaire sur la maxime de Josué ben Perahia. Nous allons découvrir que nous avons la possibilité de rendre notre vie plus belle, de fixer la nature du jugement divin sur nous, et de nous libérer de l’influence de la société. Simplement en jugeant les autres avec plus d’indulgence…
« Josué ben Perahia et Nitaï d’Arbèle reçurent d’eux la tradition. José ben Perahia disait : ‘Fais-toi un maître, acquiers un compagnon et juge tout homme favorablement’»
(Chapitre 1, Michna 6)
Comme nous l’avons déjà fait remarquer dans le Dvar Thora de la semaine dernière, la fin de la maxime de José ben Perahia est intimement lié à son début.
Pour bien en saisir le sens, il nous faut au préalable définir les mots du Tana (maître de la Michna) : S’agit-il d’une mitsva de la Thora ou d’une maxime destinée à élever la personnalité et le niveau moral, objectif des « maximes des pères » ?
Premier élément de réflexion, le Talmud interprète le verset dans la pa
racha
de « Kedochim » :« Juge ton semblable avec impartialité »
(Lévitique 19 ; 15)
le Talmud considère que ces mots signifient l’obligation de juger les actions des autres avec bienveillance et indulgence (Talmud Chevouoth 30a).
Il s’agirait donc d’un commandement positif (mitsvath assé) et non d’une exigence morale facultative.
Dans son ouvrage, le ‘Hafets ‘Haïm développe cette problématique.
Il rapporte que Maïmonide (dans le livre des Mitsvoth) et de nombreux autres décisionnaires considèrent effectivement qu’il s’agit d’un commandement positif.
Pourtant, Maïmonide lui-même, dans son commentaire sur notre Michna, précise que cette maxime s’adresse à ceux qui veulent suivre le chemin du perfectionnement.
Dans Michné Thora également, il cite cette approche comme l’une des vertus des Sages d’Israël (Hilhoth Déoth 5 ; 7).
Encore une fois, s’agit-il d’une obligation ou d’une vertu particulière ?
L’avocat des autres
Le ‘Hafets ‘Haïm fait la distinction entre deux catégories de personnes : les personnes dont on sait qu’elles ne sont pas mauvaises (réchaim) et celles sur lesquelles nous n'avons pas de jugement précis.
Celles qu’on sait ne pas être
réchaim, même dans le cas où les actions peuvent être contestables, ou jugées avec sévérité, et même lorsque les circonstances sont accablantes, l’ordre de la Thora est de les juger de façon positive, dans nos paroles comme dans notre pensée.
Mais dans le cas d’un individu que l’on ne connaît pas, et dont on n’a pas d’informations concernant son intégrité, cette mitsva de la Thora ne s’applique pas.
C’est alors que la maxime de Josué ben Perahia intervient et nous donne le conseil de suivre, malgré tout, la même règle (Hafets ‘Haïm – Introduction Mitsvoth Assé 3).
Rabbénou Yona précise plus encore cette maxime :
- Dans le cas d’une personne dont on ignore tout sur le plan moral, et même si les circonstances portent à penser que son action est négative, il faut choisir de le juger positivement.
- S’il s’agit d’un juste (tsadik) reconnu, même si a priori son acte ne laisse aucun doute sur de mauvaises intentions, il faut le juger avec bienveillance et supposer que c’est par inadvertance qu’il a agit, qu’il a sûrement déjà regretté et s’est repenti de son action.
- Enfin, dans le cas d’une personnes mauvaise (racha) réputée pour sa conduite réprouvable, même dans une situation où ses actions semblent être tournées vers le Bien, il faut rester vigilent et supposer que ses intentions sont restées les mêmes qu’à l’accoutumée : mauvaises.
Mais derrière ces conseils de vie, quel est le but d’une pareille conduite ? La Thora nous demande-t-elle d’être dupes, et de nous convaincre de ce qui paraît illogique ?
A nouveau, c’est le Hafets ‘Haïm qui nous éclaire :
« La Thora nous demande de devenir l’avocat de tous ceux qui nous entourent, de chercher toutes les circonstances atténuantes et de se pencher sur l’exactitude des événements.
Car bien souvent, un petit détail qui a été omis dans le récit que l’on nous a rapporté ou qui nous a échappé dans le déroulement des événements que nous avons vécu, peut totalement changer la teneur de l’action.
Approche rigoureuse
Ce qui est tout à fait troublant c’est que notre attitude dans notre jugement des autres va finalement fixer notre propre valeur.
Notre capacité à exercer cette vertu de juger favorablement (dan lecaf zehouth) va être l’élément qui va nous permettre d’accéder au statut de juste.
En effet, le jugement divin met en balance les mérites de l’homme et ses fautes pour décider de son sort.
Et D.ieu peut, en fonction de ces données objectives, mettre en action un jugement indulgent ou plus rigoureux.
Si c’est l’approche rigoureuse qui est retenue, il est presque impossible d’espérer voir ses mérites pris en comptes. Passés au crible de la rigueur pure, l’action de l’homme, qui est toujours mue par des mobiles divers et variés, où la noblesse côtoie le prosaïsme, ne sera pas considérée avec beaucoup de valeur.
C’est seulement lorsque les actes de l’hommes sont analysés avec indulgence qu’il peut espérer voir ses mérites rehaussés et ses fautes minimisées.
C’est ce que le Talmud nous dévoile en disant :
« Celui qui juge son prochain avec indulgence méritera d’être jugé par D.ieu avec indulgence » (Chabbath 127).
A celui qui juge avec sévérité les actes des autres, les anges feront au ciel des procès d’intention » (Midrach Michlé).
Et le ‘Hafets ‘Haïm de conclure : ‘ En s’habituant, en s’éduquant à juger l’autre avec indulgence, l’homme fixe la nature du jugement divin à son égard’. » (Chemirath Halachone- Chaar Hatevouna chapitre 4)
Et la vie devient plus belle…
Rabbi Yaakov Kaminestki (‘Emeth Leyaakov' ibid.) porte un regard très intéressant à cette notion.
L’influence prépondérante de la société sur le comportement de l’homme est inévitable, nous dit Maïmonide (Yad Hahazaka Hilhoth déoth 6 ; 1).
Mais on peut limiter son influence en exerçant cette vertu de juger les autres avec indulgence.
Celui qui voit le mal partout, dans tous les actes de ses congénères, sera, contre sa volonté, influencé par ce qu’il a vu, et par le mal qu’il a détecté dans tous les détails de ce qui l’entoure.
Il a vu le mal, il l’a rendu réalité, et cette réalité l’influence.
En revanche, celui qui s’est éduqué à chercher toujours l’aspect positif dans chaque chose deviendra le récepteur de toutes les influences bénéfiques du monde qui l’entoure.
En dehors du fait que juger son prochain avec indulgence, facilite les rapports entres les hommes et rend la vie plus agréable, cette vertu a des retombées positives sur celui qui l’a développée.
Elle provoque aussi que l’on recherche la compagnie d’une telle personne, et sa propre vie prendra un sens beaucoup plus positif : plus épanouie, plus constructive.
Eviter les erreurs
Nous conclurons par un texte du Talmud (Chabbath ibid.) qui montre à quel point nos maîtres donne de l’importance au fait d’être dan le kaf zehouth, juger l’autre positivement.
« Un jour, un ouvrier qui avait servit son employeur avec zèle pendant trois ans, décida subitement d’interrompre son travail et vint trouver ce dernier pour lui demander son salaire.
Ce dernier, qui était riche, lui répondit : « Je n’ai pas d’argent, ni biens, ni rien d’autre que je puisse te donner ».
Acceptant son sort, l’ouvrier rentra tristement dans sa famille.
Quelques semaines plus tard, l’employeur vint le trouver pour lui apporter son salaire, lui offrant en plus ce que trois ânes pouvaient porter en nourriture et denrées rares.
Après que les deux hommes se soient restaurés, l’employeur demanda :
- Lorsque je t’ai dit que je n’avais pas d’argent, qu’as-tu pensé ?
- Je n’ai pas douté un instant de ta bonne foi, et pour chaque refus de ta part, j’ai imaginé un empêchement majeur.
- Tu ne t’ai pas trompé. Souffrant du fait que mon fils Hyrkanos ne voulait pas étudier la Thora, j’avais consacré toute ma fortune au sanctuaire. Ce n’est que plus tard que les Sages m’ont délié de mon vœu.’
Dans une autre version de cet épisode, figure un nouvel élément : l’identité des protagonistes est révélée.
L’ouvrier n’était autre qu’Akiva (avant qu’il n’épouse Rachel et qu’il étudie la Thora) qui était employé par Rabbi Eléazar ben Horkanos.
On le voit, le jeune Akiva possédait déjà les qualités fondamentales qui allaient faire de lui le futur Rabbi Akiva. Et ce sont ces qualités qu’a su déceler Rachel.
Car on le voit, il incarnait cette vertu de dan lekaf zehouth et portait un regard positif sur ceux qui l’entouraient, même quand les circonstances laissaient imaginer de mauvaises intentions.
Grâce à ces qualités essentielles, il allait pouvoir commencer à étudier la Thora à plus de quarante ans, et devenir l’une des plus grandes figures du judaïsme.
Grâce à son regard positif sur la vie et les hommes, même quand les circonstances poussent à penser que leurs intentions sont mauvaises, l'homme a pu se faire des "maîtres", comme le recommande notre maxime, et recevoir ainsi leur enseignement éternel.
Comme nous le disions dans le Dvar Thora de la semaine dernière, sans cette vision positive du monde, le sens critique risque fort d’empêcher l’homme de se fier à l’autre, de créer de véritables amitiés et de pouvoir se faire un "maître".
Chabbath Chalom

